Collaboration : vers de nouvelles organisations ?
Ces jours-ci (ces dernières semaines, en fait) ont été assez mouvementés professionnellement parlant ce qui explique le rythme peu soutenu des billets ces derniers temps. Toujours est-il que, lors d’un déplacement récent, j’ai mis à profit les quelques heures de voiture car j’ai écouté l’émission “Place de la toile” de France Culture (ça peut faire un peu prétentieux mais une des raisons pour lesquelles je suis tombé sur cette station est que je ne captais pas Rires & Chansons…).
Cette émission, diffusée dimanche 20 février, était consacrée aux bugs informatiques. Il y était fait mention de leur origine, de leurs conséquences et des moyens mis en oeuvre pour les éviter.
Bien sûr, loin de moi l’idée d’aborder en détail les propos ou même le sujet de l’émission, le mieux - si le sujet vous intéresse - est de réécouter l’émission, mais d’aborder un point évoqué sur le sujet de l’arsenal pour se préserver des bugs ou pour les limiter.
Les bugs, c’est pour les informaticiens, pourquoi en parler ici ?
Eh bien, parce que parmi les différents moyens de limiter les bugs dans un programme, un exemple donné peut être intéressant à appliquer à d’autres domaines ou, tout comme en informatique, l’erreur ne pardonne pas. Il s’agit de la “peer review” ou évaluation par les pairs en bon français. L’illustration donnée dans l’émission concerne le système d’exploitation Linux qui utilise à plein ce dispositif.
Linux est d’ailleurs souvent cité dans des ouvrages touchant à la collaboration et l’apport de l’intelligence collective. En effet, ce système d’exploitation est développé par… eh bien on ne sait pas trop car tout le monde peut contribuer à son évolution. Au départ, le créateur de Linux a rapidement fait appel aux bonnes volontés pour enrichir & améliorer son “bébé”. Jusque là rien de bien nouveau, lorsque nous sommes nous-mêmes confrontés à un problème complexe nous faisons aussi appel à de l’aide d’autres personnes. Seulement voilà, Linux pousse le raisonnement à l’extrême puisqu’il repose totalement sur ces principes d’entraide & partage qui caractérisent les logiciels libres.
Quelles leçons en tirer ?
Tout d’abord, et comme dit le proverbe, une preuve de plus que l’union fait la force. L’exemple de Linux est une illustration de plus que la collaboration est d’une redoutable efficacité. C’est d’ailleurs le fondement de base du web 2.0 et de l’entreprise 2.0.
Mais l’effet de masse ne fait pas tout. Car, si on peut comprendre que plus il y a de personnes qui analysent une situation (un programme informatique par exemple) plus il y aura de chances que de bonnes idées surgissent (identification de bugs par exemple), cela ne garantie pas pour autant le résultat. En effet, la quantité n’est pas forcément un gage de qualité. La vraie valeur ajoutée n’est pas tant dans le nombre mais dans la multiplicité de points de vue, d’expériences ou de connaissances.
Comme évoqué dans un billet précédent, les vrais nouvelles idées et les vrais apports proviennent souvent de ce que l’on appelle les “weak ties”, des personnes de notre entourage lointain (les connaissances de mes connaissances par exemple). En effet nos connaissances les plus proches (famille, amis, collègues proches…) ont souvent les mêmes parcours et/ou formations et/ou centres d’intérêts donc les approches face à une situation données sont globalement les mêmes. Par opposition, une personne avec une expertise dans un domaine complètement différent approchera la situation avec un angle différent et pourra donc trouver des solutions / idées… réellement novatrices.
Finalement, le nombre ne fait pas tout, c’est plutôt l’hétérogénéité et la multiplicité des approches / points de vue qui fera la différence en cernant complètement une situation donnée.
Mais cela ne fait pas tout… Il faut aussi de la structuration et de l’organisation. Comme rappelé dans l’émission avec l’illustration de Linux, il faut une certaine organisation pour que tout cela fonctionne réellement. Mais cette organisation est bien différente de nos entreprises classiques. Cela tient notamment au fait que la communauté est à géométrie variable : les personnes la rejoignent ou la quittent n’importe quand et selon leur bon vouloir, les règles sont plus ou moins floues, la bureaucratie est réduite à sa plus simple expression, …
D’ailleurs, et pour conclure, un grand nombre d’entreprises se lancent dans le “collaboratif” pour justement profiter des bénéfices cités plus haut mais, comme déjà évoqué dans nombre de billet précédents, elles attaquent ce type d’initiative par l’angle de la technologie (Quel outil choisir ? Quelles fonctionnalités ?) alors que l’approche doit être centrée sur les personnes. Comment donner envie de contribuer, de partager ? Quels impacts sur nos organisations ? Doit-on changer notre mode de management ? Comment structurer tout cela ? Il y a donc encore beaucoup à apprendre de Linux, de Wikipedia…
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