Réseaux sociaux et révolutions populaires. Quelles influences ?
Les évènements récents en Tunisie, Egypte, Libye… et moins récents en Iran, ont mis en lumière le rôle que les réseaux sociaux (Twitter & Facebook entre autres) peuvent jouer. Ou, plus exactement, les médias ont mis en avant leur soi-disant rôle.
Mais les réseaux sociaux jouent-ils effectivement le rôle qu’on leur attribue ?
La question peut effectivement se poser. La perception que nous (utilisateurs des médias sociaux dans des démocraties) nous faisons est-elle bien conforme à la réalité ? Ne plaquons nous pas une vision “erronée” sur un contexte bien différent ? C’est le point de vue de Malcom Gladwell qui, en 2008, lors des évènements en Iran, a écrit dans le New Yorker que “la révolution ne se tweete pas”. Son point de vue :
- Les révolutions n’ont pas attendu Twitter ou Facebook pour exister. Par conséquent, attribuer une révolution à la technologie est un raccourci un peu trop rapide.
- Les médias sociaux ont certes médiatisé, relayé… voire amplifié les évènements en Iran mais ils n’y ont pas joué un rôle central car l’audience et les personnes qui en parlaient sont principalement hors du pays.
Ces arguments sont complètement recevables. Mais est-ce à dire que les médias sociaux ne jouent aucun rôle ?
Quel rôle ont finalement les réseaux sociaux dans les “révolutions” actuelles ?
Pour répondre à cette question, voici une vidéo de RSA (“the Royal Society for the encouragement of Arts”) qui peut nous mettre sur une piste :
Cette vidéo est une illustration basée sur une intervention plus longue de Steven Pinker. RSA est spécialiste de ces excellentes illustrations dont je me suis déjà servies par le passé pour illustrer des billets.
Il est intéressant de noter que les propos de Steven Pinker datent de 2007 puisqu’ils correspondent à la période de la sortie de son livre “The Stuff of Thought: Language As a Window Into Human Nature” mais qu’ils sont terriblement d’actualité pour la partie qui traite de la révolution (7:42 dans la vidéo) :
La question posée “Pourquoi les rassemblements populaires sur la place publiques déclenchent-ils des révolutions politiques” trouve réponse, d’après Steven Pinker, dans la “connaissance mutuelle” (par opposition à la connaissance individuelle) :
La vraie différence entre les 2 types de connaissance tient au fait de savoir (ou pas) que l’autre ou les autres savent/pensent la même chose que moi. Dans le modèle individuel, A et B savent (ou pensent) la même chose mais ils n’ont pas conscience qu’ils sont au même niveau. Alors que dans l’autre situation, je sais que l’autre sait, et je sais aussi que il sait que je sais…
Et c’est de cette conscience que les évènements peuvent alors s’enchaîner. D’individuelle, l’idée devient collective :
Et c’est peut-être là la vraie contribution des réseaux sociaux. Ils n’ont pas révolutionné la façon de faire la révolution mais ils donnent un moyen d’accès plus simple pour que cette conscience collective prenne forme.
Donc, comme le dit Maclom Gladwell, la révolution ne sera pas tweetée (c’est à dire qu’elle ne naîtra pas spontanément à partir des réseaux sociaux) mais elle y trouvera un écho qui précipitera certainement les évènements.
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