Notre cerveau, une limite au réseautage ?
Et si notre capacité à “réseauter” était limitée par la taille de notre cerveau ? Ou plus exactement, existe-t-il une limite “physiologique” à la taille de notre réseau social ?
Si on en croit les travaux de Robin Dunbar, la réponse est, en partie, oui ! Et la taille maximum de notre réseau est de 150 personnes. Deux questions se posent :
- D’où vient ce résultat de 150 ?
- Quelles implications dans un monde de “social networking”, de “réseautage”, de communauté… ?
Les travaux de Robin Dunbar - Le chiffre 150…
Robin Dunbar a formulé une théorie nommée “The social brain hypothesis” qui est le résultat de travaux sur le lien entre la taille du cerveau et la taille du tissu social de différents primates (nous en sommes une des espèces…). Les résultats montrent une très forte corrélation entre la taille du cerveau (en fait une partie du cerveau, le néocortex) et la taille des groupes, tribus…
La question simple à laquelle il a voulu répondre est la suivante : quels facteurs influent (ou ont influé au cours de notre évolution) réellement sur la taille du cerveau ? Le cerveau est en effet un des organes les plus gourmands en énergie. Chez l’homme il représente 2% du poids mais consomme 20% des besoins en énergie. Alors, pourquoi avoir développé cet organe “coûteux” puisque les théories de l’évolution nous disent que l’évolution des espèces est un combat permanent entre “coûts” & “bénéfices” ?
Un certain nombre de théories (avant les travaux de Dunbar) liaient la taille du cerveau aux besoins de “processer” de l’information : vue, langage… ou par nécessité de trouver de la nourriture (le plus difficile d’accès la nourriture, le plus il faut “réfléchir” pour en trouver). Mais Dunbar a balayé ces théories une par une pour n’en garder qu’une : la taille du cerveau est liée aux besoins de “processer” de l’information relative aux rapports sociaux entre individus. Il a mesuré la taille du cerveau et la taille moyenne des groupes sociaux chez plusieurs espèces de primates et a trouvé une forte corrélation entre les deux. Et, pour l’homme, en partant de la taille moyenne du néocortex humain, on en déduit une taille moyenne de groupe social de 150 individus.
Pourquoi les rapports sociaux nécessitent de telles capacités de “calcul” ?
Dunbar explique que le besoin de “processer” de l’information dans le cadre de relations sociales est important car il faut constamment “décrypter” l’autre : ce qu’il dit, ce qu’il fait, ce qu’il ressent… Cette “théorie de l’esprit” est, pour Dunbar, la seule explication plausible, il ne s’agit en aucun cas de capacité de mémorisation car elles vont bien au-delà de 150 individus : l’homme peut en effet mémoriser approximativement 2000 visages. La limitation à 150 est complètement liée à la complexité des rapports humains et à l’implication émotionnelle qu’ils nécessitent !
Quelles implications dans un monde de “social networking”, de réseautage, de communauté, de collaboration, de E2.0… ?
Aujourd’hui, que ce soit dans le monde virtuel ou réel, le réseautage est de plus en plus présent, voire hyper-présent. Bien souvent, cela se résume souvent à savoir qui a le plus gros… de réseau.
Ce fonctionnement en réseau ou communauté à toutefois bien des avantages et il est à favoriser (en entreprise notamment, c’est l’un des piliers de l’entreprise 2.0). Mais cette limite physiologique de 150 individus reste, néanmoins, une limite à prendre en compte. On ne peut pas “connaître” (et par là je veux dire connaître “intimement”) plus de 150 personnes.
Au final, ce chiffre de 150 reste cohérent avec le concept de “strong & weak ties” (liens forts & liens faibles) et ne remet pas en cause le besoin de cultiver l’ensemble de ces liens.
Source : Andrew McAfee (http://andrewmcafee.org/useruploads/Image/bullseye.jpg)
Simplement, il faut comprendre que nos liens forts sont directement limités par nos capacités cérébrales. Alors que nos liens faibles, tout aussi importants dans le cadre professionnel, eux, peuvent être cultivés / favorisés grâce à la technologie.
D’ailleurs, est-ce une coïncidence, certains groupes industriels, leader dans le domaine de l’innovation (et on connait l’importance du fonctionnement en réseau dans l’innovation) ont pris en compte ce principe et le mettent en oeuvre dans le dimensionnement de leurs sites :

Pour partager ce billet :
Blog présentant des outils, méthodes et sources d'informations pour se simplifier la vie, être zen et accroître son efficacité personnelle.
