Jargon, franglais & acronymes : encore & encore…
Ce début d’année a été très mouvementé avec beaucoup de déplacements professionnels et je dois avouer que le temps pour entretenir ce blog me manque un peu mais je ne baisse pas les bras !
Je sais que j’ai déjà écrit sur la “jargonite” aigüe mais c’est un combat sans fin… Une autre manifestation de la jargonite est le franglais qui devient de plus en plus utilisé dans le monde de l’entreprise.
Le jargon et le franglais pour établir un rapport de supériorité
Comme pour le jargon technique, le principe est d’en jeter un max pour se sentir “intelligent” face à un auditoire que l’on veut impressionner (au mieux) ou exclure (au pire). L’orateur veut ainsi démontrer qu’il maîtrise son sujet par sa connaissance de mots plus ou moins spécifiques souvent d’origine anglaise (la langue du “business”) et/ou d’acronymes.
Il s’agit en fait d’établir un rapport de force ! En utilisant un jargon technique, des acronymes ou du franglais, une personne se place en “sachant” et fait force démonstration de l’étendue de ses connaissances afin de démontrer sa présumée supériorité à celui qui, pauvre de lui, ne connaitrait pas ces mots. D’ailleurs, rares sont les personnes qui vont oser demander ce que veut dire ce qui vient d’être dit car cela sous-entendrait qu’ils n’y connaissent rien…
Finalement, il s’agit, une fois de plus, de se placer dans rapport de force, une lutte d’ego. Un mal bien français dans le rapport à autrui ! Si vous voulez décrypter comment, nous, Français, abordons ce type de rapport, je vous conseille la lecture de “Français & Américains, l’autre rive” de Pascal Baudry (dispo en téléchargement gratuit) qui a été très révélateur pour moi sur comment nous envisageons le rapport à l’autre : un “combat” et une recherche permanente de supériorité.
Le jargon et le franglais pour créer un écran de fumée
Loin de moins de faire le vieux con défenseur de la langue française, mais simplement le défenseur de la clarté des échanges. En effet, ces derniers temps j’ai reçu pas mal d’emails et participé à plusieurs réunions dans lesquels la clarté était apparemment le cadet des soucis des personnes qui utilisaient ce type de langage.
Et, bien souvent, tel ou tel mot (anglais notamment) est aussi utilisé pour créer un écran de fumée car il est bien plus facile de faire cela que d’expliquer clairement ce dont on parle car… on ne sait pas vraiment soi-même de quoi on parle !
En effet, le langage courant du “business” et du “management” regorge de mots d’origine anglaise qui illustrent des concepts / idées qui sont repris partout et souvent mis en avant par les entreprises dans leur communication interne et leur “mission statement”. Les collaborateurs s’approprient alors les mots (= le jargon) mais ils en oublient l’essentiel : le sens ! Les mots sont repris sans que chacun ne sache vraiment ce qu’il y a derrière. Il est bien plus facile de reprendre les mots directement sans chercher leur correspondance en français ou à les clarifier.
D’ailleurs qui oserait questionner sur le fait que “nous devons nous focaliser sur les people en développant leadership et empowerment afin qu’ils soient réellement accountable de la performance…”. Poser une question sur le sens de ces mots utilisés à tort et à travers reviendrait à se positionner en personne qui remet en cause l’idée derrière ces mots ou en personne ne maîtrisant pas ces mots de “base” !
Au final, les mots sont vidés de leur sens, chacun y attachant un sens plus ou moins identique et la fameuse “mission statement” qui est là pour fédérer, créer du sens se perd dans un méli-mélo d’interprétations.
D’ailleurs, ces même mots sont aussi souvent utilisés comme couperet pour éviter toute discussion ou clarification : “tu ne fais pas assez preuve de leadership donc il faut absolument progresser sur ce point…”. Là aussi, il est plus simple de se cacher derrière eux car on estime que tout un chacun les connaît (quoique…) et cela évite à avoir à élaborer et clarifier le fond de sa pensée (qui n’est pas souvent plus clair que ça…). Et libre à l’autre d’interpréter ce qui vient d’être dit, quitte à mal interpréter et se tromper… mais “too bad”, “je t’avais fais pourtant passer clairement le message et tu n’as malheureusement pas su le “leverager”…”
En conclusion, why business people speak like idiots?
Because they’re assholes!
Sad but true…
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